Il n’y avait déjà que trop de raisons d’avoir honte d’être français, mais avec l’arrestation de Pavel Dourov on atteint un degré ubuesque du syndrome de censurofolie, à faire pâlir de jalousie le commissaire Breton.
Dans l’attente de la déclaration du procureur, annoncée dès hier, mais qui tarde, alors que la garde à vue de Dourov a déjà été prolongée pour une raison inconnue, on n’a que les indiscrétions médiatiques. Un mandat de recherche aurait été émis par la France juste avant l’atterrissage de Dourov au Bourget (sic). Et le patron de Telegram aurait été mis immédiatement en garde à vue pour « terrorisme, trafic de drogue, fraude, blanchiment d’argent et pornographie infantile ». Sans doute faut-il comprendre qu’on l’accuse de « complicité » dans ces crimes, en raison de sa responsabilité à la tête de Telegram. Mais, même sous la dictature européenne de Thierry Breton, le propriétaire d’un réseau social n’est pas personnellement responsable des crimes éventuellement commis par l’utilisation détournée du réseau.
L’équipe de direction de Telegram a publié ce communiqué :
La plateforme se conforme aux lois de l’UE, notamment à la loi sur les services numériques. Sa modération est conforme aux normes du secteur et est constamment améliorée. Le PDG de Telegram, Pavel Dourov, n’a rien à cacher et voyage fréquemment à travers l’Europe. Il est absurde de prétendre que la plateforme ou son propriétaire sont responsables de l’abus de cette plateforme. Près d’un milliard d’utilisateurs dans le monde utilisent Telegram comme moyen de communication et comme source d’informations importantes. Nous espérons que cette situation sera résolue dès que possible.
L’arrestation de Dourov a sans doute plusieurs niveaux de motivations. Il semble que l’un des premiers niveaux, le plus évident, soit que Telegram est devenu la plateforme la plus performante en ce qui concerne les informations en temps réel sur la guerre en Ukraine, vue du côté russe. En fait Telegram est tout autant utilisé du côté ukrainien. Mais, précisément, la comparaison fait trop ressortir la supériorité militaire russe et la fiabilité des informations militaires russes face à la propagande insensée des Ukrainiens. Il faut donc que cela cesse, et la France de Macron (sous le regard ému du commissaire Breton) se charge du sale boulot…
Mais il y a évidemment autre chose, qu’on apprendra, ou non.
En attendant, ce qu’on appelle l’opposition russe est très mécontente de cette arrestation, qu’elle considère comme un cadeau à Poutine…
De fait, la diplomatie russe a beau jeu de montrer qu’elle fait tout pour obtenir la libération de Dourov qui n’est pourtant pas dans les petits papiers du Kremlin, se scandalisant qu’on ne lui permette pas d’avoir accès au prisonnier sous prétexte qu’il a été interpellé en tant que citoyen français.
Et c’est là l’autre aspect ubuesquement ironique de la situation : Pavel Dourov s’est vu gratifié de la nationalité française (et d’un nom français sur son passeport : Paul du Rove) selon une procédure d’obtention rarissime, à titre exceptionnel, comme « étranger émérite », destinée à des étrangers francophones qui font rayonner la France. Sauf que Dourov ne parle pas français et n’a jamais résidé en France. Encore un autre mystère. Et surtout, c’était en 2021. Il y a trois ans. Et Telegram n’a en rien changé depuis trois ans. Mais c’était avant la guerre…
Addendum
Quant à Macron, il aurait pu s’abstenir de faire une déclaration qui dans le meilleur des cas est obscène. Et si c’est un pare-feu c’est grotesque.
Addendum 2
Le procureur a enfin daigné s’exprimer. Pour dire que l’enquête sur Dourov vise 12 infractions relevant de la « criminalité organisée » et que sa garde à vue peut durer 96 heures, dans le cadre de l’enquête visant la « criminalité organisée » : refus de communiquer les informations nécessaires aux interceptions autorisées par la loi, association de malfaiteurs, complicité d’administration (sic) d’une plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée, de détention et de diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pédo pornographique, d’infraction à la législation sur les stupéfiants, d’escroquerie en bande organisée, blanchiment de crimes ou de délit en bande organisée, fourniture de prestations de cryptologie visant à assurer des fonctions de confidentialité sans déclaration conforme. Et des ratons laveurs.